L’option d’une transition agroécologique promue et réussie par Inades-Formation Togo

C’est un sujet connu de tous, le changement climatique et ses effets sur le quotidien des populations. Ces dernières années, ce sont les couches les plus vulnérables qui sont les plus exposées. Dégradation des terres cultivables, aridité du sol, baisse des productions, autant de maux, corollaires des effets induits par la non maîtrise de dame nature. Y trouver remède, cela appelle alors à une prise de conscience et à une réadaptation des pratiques et techniques culturales. Le sujet a donc réuni les acteurs qui accompagnent les communautés et les familles paysannes dans la transition agro-écologique, du 15 au 19 Mars 2018 à l’INFA de Tové, une ville située à 120 km de Lomé.

Ils étaient nombreux et de diverses nationalités, à prendre part à ce rendez-vous qui se tenait pour la première fois en Afrique francophone. Organisé par Inades-Formation Togo, les participants ont disposé de cinq (5) jours pour s’approprier les fondamentaux de cette agriculture. Une initiative innovante qui apporte des réponses durables aux questions des systèmes alimentaires durables. Les travaux ont essentiellement porté sur des nouvelles techniques culturales qui permettent de produire durablement tout en nourrissant en quantité et en qualité le sol, la plante, les êtres vivants et les humains.

Cette formation, plus pratique, a permis aux quarante-six (46) participants venus des centres de formation professionnelle agricole, de l’administration publique, des instituts d’appui, des organisations paysannes, d’être édifiés sur le triptyque du savoir, du savoir-faire et du savoir-être en matière de l’agriculture organique.

La phase théorique

La maîtrise en amont des connaissances théoriques a été l’un des temps forts de cette formation. Les participants, les étudiants ainsi que les enseignants de l’INFA de Tové avaient pris part à des conférences débat sur le sujet. Les modules ont porté sur : -la microbiologie du sol, -l’analyse de la qualité du sol, -la minéralisation et la fertilisation (phénomène géologique), -la préservation et la protection des végétaux. Aussi, leur avait-il été rappelé le lien entre l’agro-écologie et l’agriculture organique régénérative et la nécessité d’aller vers cette nouvelle forme de production assez particulière. Celle-ci repose, selon le formateur principal sur trois (3) facteurs importants de croissance d’une plante : la partie minérale, la partie organique et la microbiologie du sol. Cette étape a permis aux participants de renforcer leurs capacités vis-à-vis de la nouvelle donne pour jouer à bien leur rôle dans l’accompagnement des communautés agricoles.

La phase pratique ou les exercices de terrain

 

Pour toucher du doigt les réalités théoriquement apprises, les participants ont également fait des descentes sur le terrain. L’occasion pour eux de tester les connaissances acquises en vue de jauger de leurs capacités de transmission de savoir. Cette phase a comporté : – la production de phosphite ; -la préparation de biofertilisant à base de sang animal ; -la capture de micro-organisme natif de forêt ; – l’analyse chromatographique du sol ; -le biofertilisant à base de bouse de vache ; – l’autre préparation de biofertilisant à base de bouse de vache ; -l’enrobage de semence ; -la préparation du Bokashi; -la production de bactérie de l’acide lactique ; -la production de microorganisme à partir des matériaux de forêt ; -la préparation d’hydrolat, la bioactivation de microorganismes de forêt, la préparation de bouillon froid.

Tous les matériels et matériaux de formation et les matières utilisés pour la conduite des expériences de fabrication des intrants organiques sont d’origine locale. Et chacun a su les manipuler. Bien d’autres techniques apprises ont été testées. Ils ont également identifié sur le terrain, comment diagnostiquer et solutionner les problèmes dans leur rôle de leader.

Rappelons que cette formation est en partie appuyée financièrement par l’AFSA (Alliance for Food Sovereignty in Africa) dont la mission concorde avec celle de Inades-Formation Togo, pour faire de la souveraineté alimentaire, une réalité.

A l’ouverture de la formation, Messieurs Pascal BARIDOMO et Sena Kwaku ADESSOU, respectivement Directeur de programmes au Secrétariat Général d’Inades-Formation International et Directeur du bureau National d’Inades-Formation Togo, ont attiré l’attention des participants sur cette initiative naissante qu’il faut accompagner à travers la mise en place des centres physiques afin d’apporter de véritables réponses aux questions agricoles en Afrique.

Charlotte HOUNSIME

 Inades-Formation Burundi a organisé, le 12 avril 2018, un atelier de restitution de son étude sur l’accès aux semences de qualité du sorgho et du haricot par les petits producteurs des provinces Kirundo et Cibitoke. Cette étude a été réalisée dans le cadre du projet de « Valorisation des vivres de souveraineté » pour une alimentation saine, diversifiée, durable et suffisante pour tous. 

Photo de famille des participants à l’atelier de restitution

Une étude sur l’accès des petits producteurs aux semences de qualité du sorgho et du haricot  

Dans le but de contribuer à la promotion des systèmes alimentaires basés sur l’Agriculture familiale dans les pays africains au Sud du Sahara pour une vie digne pour toutes et tous, en garantissant une alimentation saine, diversifiée, durable et suffisante pour tous, le réseau Inades-Formation a lancé le projet de « Valorisation des vivres de souveraineté »  mis en oeuvre dans 8 pays du réseau, dont le Burundi .

Dans cette optique, Inades-Formation Burundi  a choisi de travailler sur deux vivres de souveraineté : le sorgho et le haricot. Ces deux cultures sont historiquement ancrées dans les habitudes alimentaires des populations burundaises, dans les échanges commerciaux et dans les pratiques culturelles. Elles sont reconnues pour leur adaptation aux changements climatiques, leur qualité nutritionnelle, leur faible dépendance vis-à-vis des intrants minéraux et leur rôle important dans la dynamisation de l’économie locale.

Toutefois, malgré leur importance, les producteurs de ces vivres de souveraineté font face à beaucoup de contraintes, parmi lesquelles figure l’accès aux semences de qualité.

En effet, malgré les efforts de l’Institut des Sciences Agronomiques du Burundi sur la recherche et la production des semences (ISABU), très peu de producteurs ont accès à ces semences. Face à cette contrainte, les producteurs sont obligés de recourir aux semences tous venants, peu productives et dont la qualité est parfois méconnue.

Aussi, afin de faciliter l’accès des petits producteurs  aux semences de qualité, Inades-Formation Burundi a commandité une étude sur l’accès aux semences de qualité du sorgho et du haricot par les petits producteurs des provinces Kirundo et Cibitoke».

Les résultats de cette étude ont été présenté aux différentes acteurs le 12 avril 2018, lors d’un atelier de restitution. Ont pris part à cet atelier  les représentants du peuple, les représentants des services techniques du Ministère de l’agriculture et de l’élevage, de la brasserie, les producteurs accompagnés dans le cadre du projet, les représentants des ONGs, les multiplicateurs des semences et les transformateurs du haricot et du sorgho.

L’atelier a débuté par un discours d’ouverture présenté par le Représentant Légal d’Inades-Formation Burundi. Le consultant qui a réalisé l’étude a, ensuite, présenté, dans un exposé, les résultats de l’étude .

Table de séance de la cérémonie d’ouverture de l’atelier

 

90% des semences fournies par le système traditionnel

L’étude a montré que le cadre législatif et réglementaire s’est amélioré. La loi semencière actualisée en 2012 dispose d’un organe clé pour la certification des semences à savoir l’Office National de Contrôle et de Certification des Semences(ONCCS) longtemps attendu. L’opérationnalisation des différentes dispositions législatives, réglementaires, se fait de façon progressive. Des structures au rôle crucial comme le Comité Technique pour l’Homologation et l’inscription des variétés au catalogue national et les services de certification des semences sont opérationnelles.

Au niveau de la recherche, plusieurs résultats ont été enregistrés en matière de sélection variétale surtout sur le haricot pour lequel une longue liste existe avec des variétés adaptées aux différentes zones agro écologiques du pays, avec des techniques culturales d’accompagnement. Dans la zone du projet, on récence plusieurs acteurs semenciers impliqués dans la multiplication des différentes catégories de semences avec des approches spécifiques à chaque intervenant.

Malgré ces efforts, le système semencier « formel » approvisionne uniquement 10% des producteurs et coexiste avec le système traditionnel «informel » qui fournit les semences à 90% des agriculteurs.

Dans la zone du projet, le système informel est presque exclusif. Cependant, la majorité des politiques publiques et des investissements aussi bien pour la production, la commercialisation, la distribution que l’utilisation des semences visent principalement le système formel.

Une vue des participants avec expositions des produits à base de vivres de souveraineté

 

Des recommandations aux différentes acteurs pour faciliter l’accès aux semences de qualité du sorgho et du haricot

Le consultant note que pour l’accompagnement des groupements des petits producteurs, Inades-Formation Burundi pourrait assurer la liaison entre les groupements de petits producteurs de la zone du projet et les multiplicateurs des semences certifiées qui produiraient ces semences par commande. Inades-Formation Burundi assurerait des formations spécifiques et faciliterait l’organisation et la gestion des boutiques d’intrants confiées aux petits producteurs. Il pourrait également appuyer les producteurs à améliorer la qualité des semences paysannes qui sont produites et échangées de manière informelle.

Après l’exposé du consultant, les participants ont soulevé des préoccupations qui ont fait objet de débats. Il s’agit notamment :

  • Des superficies exigées par la loi pour les multiplicateurs de semences
  • Des prix élevés des semences de prébase par rapport à la capacité financière des agriculteurs
  • De la conservation des variétés locales qui risquent d’être perdues
  • Du manque d’intérêt aux semences paysannes alors qu’elles approvisionnent près de 90% des agriculteurs
  • La loi semencière non traduite en langue nationale et qui est de ce fait non connue des producteurs agricoles

Echanges au cours de l’atelier

Ces préoccupations ont été débattues au cours des travaux en groupe qui ont abouti à la formulation des recommandations suivantes:

  • Au parlement de voter un budget consistant, spécialement affecté à la filière semencière, de plaider auprès du gouvernement pour que les services techniques du MINAGRIE ayant en charge la gestion de la filière semencière (ONCCS) soient dotés d’un personnel suffisant ;
  • La politique semencière devrait montrer comment ce secteur pourrait être financièrement soutenu notamment par une politique de crédit pour les cultures financièrement rentables et par des facilités (dont la subvention) à accorder à la multiplication de certaines semences moins rentables sur le plan financier mais d’une grande valeur sur le plan nutritionnel et culturel comme le haricot et le sorgho;
  • Au Gouvernement et aux partenaires techniques et financiers, de subventionner les semences surtout pour les petits agriculteurs, étant donné que les semences déjà insuffisantes sont vendues à un prix très élevé.
  • Multiplier les centres d’approvisionnement en semences de pré bases en les approchant le plus possible des producteurs;
  • Harmoniser les interventions et définir une stratégie de multiplication des semences commerciales le plus près possible de l’agriculteur;
  • Définir une politique d’amélioration et de valorisation des semences paysannes qui approvisionnent près de 90% des agriculteurs;
  • Aux services techniques du MINAGRIE, de publier le calendrier en temps réel pour pallier à l’insuffisance des semences de pré bases et en particulier à l’ISABU pour certaines variétés;
  • De sensibiliser les multiplicateurs de semences et les agriculteurs pour passer les commandes à temps auprès de l’ISABU qui produit les pré bases;
  • A l’ISABU d’essayer de mettre au point des variétés de sorgho à cycle végétatif court.

Travaux de groupe

Le haricot et le sorgho, des vivres de souveraineté aux nombreuses vertus

Le haricot et le sorgho sont des vivres qui possèdent de nombreuses vertus.

Sur le plan nutritionnel, le haricot est consommé par presque toute la population burundaise (rurale et urbaine) et est d’une grande valeur protéique (23%).

Le sorgho est riche en fer et en calcium et sa teneur en phosphore en fait un aliment dynamisant et utile pour la constitution des cellules nerveuses et sanguines et essentiel pour la calcification des os. Le sorgho est réputé pour sa teneur élevée en hydrates de carbone et sa consommation fournit des quantités importantes de calories, ainsi que des apports appréciables en lipides. Il est utilisé dans la fabrication de la farine composée utilisée pour faire la bouillie qui constitue un aliment essentiel des enfants.

Sur le plan environnemental et adaptation aux changements climatiques, le haricot est très peu consommateur d’engrais et de produits phytosanitaires. Comme légumineuse souvent associée à d’autres cultures (surtout le maïs), il fixe l’azote atmosphérique qui à la fois le nourrit et nourrit la plante qui lui est associée. Le sorgho est une plante à grande diversité variétale et est adapté aux faibles précipitations (200-600 mm), aux sols marginaux et aux températures élevées.

Sur le plan culturel et social, la bière de sorgho joue un rôle important dans les cérémonies familiales, surtout de dots et levées de voiles des jeunes mariés. A l’époque royale, le sorgho était utilisé dans la fête rituelle de l’«Umuganuro » qui symbolisait le début de l’année agricole.

Des produits dérivés des vivres de souveraineté bien conditionnés

 

Démonstration et dégustation de mets à base de vivre de souveraineté

L’atelier a été une occasion pour les participants d’assister aux séances de préparation des différents mets dérivés des vivres de souveraineté comme le haricot et le sorgho et de les déguster. Il s’agit notamment de la bouillie fabriquée à base de haricot et de sorgho, des beignets  à base du haricot, et de la pâte à base du sorgho.

Démonstration de cuisine de mets à base de vivre de souveraineté

 

Dégustation de mets à base de vivre de souveraineté pendant les pauses

 

Voir l’album photos de l’atelier

Vendredi 13 avril 2018, il était un peu plus de 13H, lorsque, devant une foule de clients, installés autour des tables dans le restaurant « Chez Alice » sis à Marcory à Abidjan, Mme Pauline Epélékou, directrice d’Inades-Formation Côte d’Ivoire a pris la parole.

Elle annonçait aux personnes présentes, venues déjeuner, que deux nouveaux plats s’ajoutaient au menu du jour : le couscous de fonio accompagné de Yassa au poulet et le fonio au gras.

Il s’agissait en réalité d’une séance de dégustation gratuite du fonio, organisée par Inades-Formation Côte d’Ivoire pour faire connaitre cette céréale africaine ancestrale.

                                                                   Grains de fonio

Pour la petite histoire, le fonio est cultivé depuis longtemps par les peuples du Nord de la Côte d’Ivoire, où les conditions écologiques sont favorables à sa croissance et son développement. Depuis des siècles, la consommation de cette céréale fait partie intégrante des mœurs alimentaires  de ces populations qui en maîtrisent les techniques de production et de cuisson. Le fonio est également consommé dans d’autres pays d’Afrique dont les pays limitrophes du nord de la Côte d’Ivoire.

Du fait de la pénibilité liée à sa transformation, la consommation du fonio est méconnue d’une frange importante de la population ivoirienne, notamment les urbains qui se sont habituées à la consommation d’autres céréales telles que le riz, le maïs et le mil.

Pourtant le fonio est une céréale aux multiples vertus, riche en sels minéraux et en acides aminés. Résistante aux aléas climatiques, elle peut aisément se substituer au riz et ainsi en limiter les importations massives. Le fonio est classé par Inades-Formation parmi les vivres de souveraineté et fait partie des vivres dont il fait la promotion à travers son projet de valorisation des vivres de souveraineté.

                        Des dégustatrices devant leur plat de fonio au yassa

Donner l’occasion aux populations de connaitre le fonio

L’objectif de la séance de dégustation était d’offrir l’occasion à la population de découvrir ou redécouvrir les saveurs du fonio et les amener à l’inscrire dans leur menu.

Par ailleurs, le fait que la dégustation se soit déroulée dans un restaurant n’était pas fortuit. Ce choix visait à intéresser les tenanciers de restaurant pour qu’envoyant l’intérêt que pourraient porter les clients aux plats de fonio, puisse envisager de l’inscrire sur leur carte de menu.

Outre les clients du restaurant, qui ont accepté de déguster les plats, d’autres personnes, issues des institutions étatiques en lien avec l’agriculture et l’alimentation ainsi que des partenaires locaux, invitées par Inades-Formation, ont pris part à la dégustation.

Le fonio, digeste et succulent de l’avis des convives

Les convives portaient les premières cuillères de plat de fonio à leurs lèvres, avec de légers gestes d’hésitations pour certains et assurance pour d’autres.

Après cette première bouchée, les visages s’éclairent aussitôt la plupart du temps, agréablement surpris du bon goût du fonio. L’appréciation ne se faisait pas attendre.

Dans leur grande majorité, les dégustateurs ont jugé le plat de fonio succulent et digeste.

Ils se sont disent prêts à consommer le fonio régulièrement s’il est disponible et accessible sur le marché.