Un nouveau Fonsdev (Fond de solidarité pour le développement) vient d’être créé dans la fédération des producteurs de thé de Rwegura en province de Kayanza au Nord-Ouest du Burundi.

La création effective de ce Fonsdev a été faite lors de la réunion en Assemblée Générale des membres de la coopérative Akezakarigura qui s’est tenue en Avril 2020, sur base des résultats d’une étude sur la création de ce Fonsdev qui avait été menée avec l’appui d’Inades-Formation Burundi. Le processus de création de ce nouveau Fonsdev avait démarré avec la mise en place d’une équipe de pilotage, composée par quelques leaders de la coopérative Akezakarigura. Cette équipe avait pour mission d’élaborer les textes réglementaires qui vont régir les activités de ce Fonsdev.

Lors de cette Assemblée Générale Constituante, les membres fondateurs étaient alors appelés à amender les textes réglementaires, à savoir les Statuts, le Règlement d’Ordre Intérieur et la politique d’épargne et crédit. C’était également l’occasion d’élire les membres des organes de gestion de ce Fonsdev à savoir le bureau du comité exécutif, le comité de crédit, le comité de surveillance et le comité de sensibilisation. En respectant la représentativité par localité, le choix des leaders membres des organes de gestion devait tenir compte de leur charisme mais également de leur capacité intellectuelle surtout pour les membres du comité de surveillance qui sont appelés à manipuler beaucoup chiffres.

Une vue des participants à l’AG de la coopérative Akezakarigura

Un nouveau Fonsdev qui a des chances de réussite

La coopérative Akezakarigura de Rwegura regroupe les producteurs de thé, bien structurés, depuis l’association collinaire jusqu’à la fédération qui est au niveau de l’usine à thé « le Complexe Théicole de Rwegura ». Cette structuration facilite alors la circulation de l’information et le suivi des remboursements en cas d’octroi des crédits aux membres.

La coopérative a déjà commencé des initiatives d’octroi des crédits entre ses membres, ce qui prouve que les leaders sont déjà habitués à la gestion du crédit. En Effet, dans cette coopérative les membres bénéficient des crédits sous forme d’avances sur le paiement de leur production de thé, sur base de la quantité de feuilles de thé fournie à l’usine. Cette pratique limite les risques de non remboursement des crédits surtout que les gestionnaires de la coopérative sont impliqués dans le travail de paiement.

En plus, ce nouveau Fonsdev débute avec un capital consistant par rapport aux autres Fonsdev accompagnés, ce qui lui donne un pouvoir important de donner plus des crédits pour soutenir les projets de ses membres.

Dans ses actions d’accompagnement, Inades Formation Burundi se penche sur les appuis en renforcement des capacités des gestionnaires de ce nouveau Fonsdev sur différents thèmes selon les besoins exprimés pour qu’ils soient à la hauteur de leurs tâches.

Des Fonsdev pour améliorer les conditions de vie des leurs membres.

De façon générale, les membres de ces Fonsdev accompagnés témoignent que les services dont ils ont bénéficié leur ont permis d’améliorer les conditions de vie dans leur ménage. Ils considèrent le Fonsdev comme une réelle alternative de financement de leurs projets surtout pour les populations qui étaient exclus par le système financier classique.

A la fin de 2019, les 5 Fonsdev accompagnés par Inades-Formation Burundi totalisaient 7.992 membres. Ils ont pu octroyer 1.296 crédits aux membres pour cette année 2019.

Le nouveau Fonsdev de Rwegura devient le sixième Fonsdev accompagné par Inades-Formation Burundi et le deuxième initié autours des initiatives des producteurs de thé après celui de Buhoro créé en 2015 dans la province de Cibitoke.

Comité exécutif élu du nouveau Fonsdev

Communication Inades-Formation Burundi

La microfinance est composée de « micro » qui vient du Grec « mikros » signifiant « petit » et de « finance » qui émane du vieux français « finer » signifiant « payer » ou tout simplement procurer des fonds à une entreprise. L’on distingue deux sortes de microfinance : la microfinance formelle et la microfinance informelle. La microfinance formelle est pratiquée par des institutions structurées dont les activités sont officiellement reconnues par l’État. Par contre, la microfinance informelle se pratique au sein des organisations tontinières et par des « banquiers ambulants ». Les organisations tontinières sont des groupes de personnes qui se réunissent sur la base d’une relation contractuelle et d’une adhésion individuelle et volontaire. L’écosystème de la microfinance propose aujourd’hui une gamme très variée de services diversifiés. Dans cet environnement dynamique et renfermant un potentiel de croissance et d’innovation, Inades-Formation propose un accompagnement axé sur une logique d’amélioration de la culture financière des producteurs à travers des structures de mobilisation endogène des ressources financières. Les caisses villageoises d’épargne et de crédits autogérées (CVECA) et les fonds de solidarité et de développement (FONSDEV) sont parmi les produits de la microfinance communautaire les plus répandus sur le réseau Inades-Formation. Ces dernières années, un nouveau produit dénommé Groupe d’Épargne et de Crédits (GEC) est en train d’être développé. Dans le cadre d’un projet transfrontalier entre le Cameroun et le Tchad notamment le Projet d’appui au renforcement de la résilience et la cohabitation pacifique des communautés du bassin du Lac Tchad, face aux impacts des actions de la Secte islamiste Boko-Haram, les deux équipes du projet ont fait appel au Bureau National du Togo, pour renforcer leurs capacités sur la démarche de mise en place d’accompagnement des GEC.

De cette formation nous retenons que le groupe villageois d’épargne et de crédits (GVEC) ou tout simplement groupe d’épargne et de crédits (GEC) est une organisation qui permet à ses membres de mobiliser et de gérer leurs  propres épargnes, d’offrir des crédits avec des intérêts aux membres et d’offrir une forme limitée d’assurance à travers une caisse de solidarité. Il est autogéré et indépendant. À la différence des tontines traditionnelles, les membres peuvent épargner des montants variables et emprunter quand ils ont besoin pour des périodes variables. Les GEC font les partages annuels proportionnellement aux épargnes des membres.

Les GEC se caractérisent par trois (03) produits phares :

Le premier est l’Epargne : c’est une cotisation régulière (hebdomadaire, bimensuelle et mensuelle). Elle se fait par achat de parts. L’achat peut se faire jusqu’à hauteur de 5 parts (1-5 parts). Le montant de la part est fixé par les membres. Le membre a la possibilité de retirer son épargne à tout moment.

Le deuxième est le Crédit. Le crédit tient compte d’un certain nombre de critères tels que la durée des prêts et le taux d’intérêt décidé par les membres avec une flexibilité du remboursement.

Le troisième produit est le Fonds de solidarité. Il se caractérise aussi bien par le critère d’éligibilité et de bénéfice décidés par les membres que par des bénéfices et prestations sous forme de subvention et non comme des prêts.

Nous pouvons décrire le fonctionnement des GEC comme suit :

  1. S’asseoir en cercle ouvert de telle sorte que tous les membres puissent bien observer toutes les transactions ;
  2. Toujours énoncer le solde initial avant chaque cotisation ;
  3. Énoncer le solde de clôture de chaque caisse ;
  4. Désigner deux membres pour le rappel des soldes à la prochaine rencontre ;
  5. Commencer toujours avec la caisse de solidarité ;
  6. Faire le contrôle de présence (appel) simultanément que la cotisation de la caisse de solidarité ;
  7. Ranger le sac de la caisse de solidarité avant de sortir le sac de fonds de crédit.

La formation d’un GEC comporte neuf (09) étapes clés dont deux (02) réunions et sept (07) formations. De manière chronologique, nous retiendrons :

  1. Réunion 1 : Présentation de la méthodologie GEC à la communauté ;
    1. Réunion 2 : Première réunion avec les GEC nouvellement constitués ;
    1. Groupe, leadership et élections ;
    1. Politique liée à la caisse de solidarité, épargne et crédit ;
    1. Élaboration du Règlement Intérieur ;
    1. Première réunion d’épargne (à la fin de la première semaine) ;
    1. Première réunion de crédit (quatrième semaine) ;
    1. Premier remboursement de crédit (huitième semaine) ;
    1. Partage du capital, élections et indépendance (fin du cycle).

Au final,  le GEC est une forme de tontine améliorée destinée aux personnes à faible revenu. Et son processus de mise en place est caractérisé par quatre (04) principales phases :

  • La première phase appelée phase préparatoire, au cours de laquelle deux réunions au moins sont organisées pour donner des informations générales aux membres potentiels du GEC.
  • La deuxième phase dite phase intensive s’étend sur12 semaines.  Elle débute par 4 visites au cours de la première semaine, puis elle continue par 6 visites au cours des 10 semaines suivantes.
  • La troisième phase ou phase de développement s’étend sur 12 semaines en moyenne. Au cours de cette phase, l’accompagnateur rend 3 visites essentielles pendant les réunions de prêts uniquement.
  • La quatrième phase ou phase de maturité avec une durée d’environ 12 semaines et deux (02) visites pour une supervision légère et une supplémentaire pour préparer le GEC à la répartition du capital et l’indépendance.

Les GEC présentent plusieurs avantages aux membres entre autres : le paiement les dépenses prévisibles, la facilitation de la gestion des flux financiers du ménage et la réalisation des investissements à court terme dans les AGR etc.

Toutefois, certaines limites apparaissent sur lesquelles il serait aussi important de s’interroger notamment la principale limite des GEC qui est le montant et la durée du crédit dont peuvent bénéficier les membres. Dans quel contexte géoculturel les crédits de petits montants et d’une durée relativement courte (moins de 6 mois) peuvent-ils durablement soutenir le financement de l’entrepreneuriat ? Quels seraient les pesanteurs sociales susceptibles d’influencer négativement la réussite de ce produit qu’est le GEC? Ou alors, quels seraient les leviers pouvant actionner la bonne marche des GEC? Ce sont là quelques interrogations interpellant l’attention des acteurs qui s’engageraient dans la mise en œuvre des GEC.

Inades-Formation Burundi accompagne quatre FONSDEV qui au début de l’année 2018 comptaient un effectif de 6.441 adhérents. Parmi eux 814 associations, 1.183 hommes, 676 femmes et 3.766 comptes ménages (qui sont des comptes conjoints des époux).

A cette date, les épargnes mobilisées dans tous les FONSDEV s’élèvent à 659.512.975 Fbu. Depuis leur création, les quatre FONSDEV ont pu octroyer 6.707 crédits à leurs membres pour un montant de 2.382.366.454 Fbu (soit 1.353.6172 dollars Américains ou 794.122.150 Fr CEFA). Ces crédits ont été investis par les bénéficiaires dans différents secteurs de développement du monde rural.

Les membres qui ont déjà bénéficié des services de ces FONSDEV témoignent qu’ils ont pu améliorer les conditions de vie dans leurs ménages. En effet, grâce aux crédits contractés aux FONSDEV, ces bénéficiaires ont pu investir dans l’agri élevage, le petit commerce mais également dans la satisfaction des besoins sociaux comme l’amélioration de l’habitat, la scolarisation des enfants, l’accès aux soins de santé etc.
Les organisations des producteurs comme la coopérative des caféiculteurs développent leurs activités grâce aux crédits du FONSDEV.

Les FONSDEV sont tous implantés en milieu rural à proximité de leurs membres et dans les zones d’intervention habituelles d’Inades-Formation Burundi.

Au centre du pays, se trouvent le FONSDEV Nkuzangukuze de Taba en commune Rutegama province Muramvya et le FONSDEV Mirukiro de Giheta en Province Gitega. Au nord du pays, se trouve le FONSDEV Turibamwe de Mparamirundi en commune Busiga de la province de Ngozi et son guichet de kabuye en province Kayanza. A l’ouest, le FONSDEV Nyunguruza de Buhoro est implanté en commune Mabayi de la province de Cibitoke.
Inades-Formation Burundi a entamé le processus de création d’un nouveau FONSDEV au nord du pays en commune Ntega dans la province de Kirundo.

Les FONSDEV Turibamwe et Nkuzangukuze ont déjà créé, chacun un guichet, pour faciliter le trajet aux membres qui proviennent dans des localités très éloignés du siège.
Les appuis aux Fonsdev sont assurés grâce aux financements des partenaires d’Inades-Formation Burundi comme Misereor, BD et Alboan.

Les FONSDEV sont actuellement considérés comme une réelle alternative de financement en milieu rural surtout pour les agriculteurs qui étaient exclus par le système financier classique. Ces FONSDEV restent également concurrentiels du fait qu’ils sont implantés à proximité des membres mais surtout parce que les conditions d’accès aux crédits y sont relativement souples par rapport à d’autres institutions de microfinance de la région.

Ces images montrent combien le FONSDEV a permis à ses membres de développer l’entreprenariat en milieu rural et à contribuer à l’amélioration des conditions de leurs ménages.

Grâce au crédit obtenu du Fonsdev Nkuzangukuze dont il est membre, cet homme a acheté un moulin.

Ce père de famille, membre du Fonsdev NKuzangukuze a pu s’acheter une vache grâce au crédit obtenu du FONSDEV et parvient à scolariser ses enfants.

Ces femmes membres du Fonsdev Mirukiro font le commerce de fruits et autres vivriers grâce aux crédits dont elles ont bénéficié.

La coopérative Mboneramiryango est membre du Fonsdev Mirukiro. Elle a bénéficié d’un crédit pour réaliser sa campagne café.