La microfinance est composée de « micro » qui vient du Grec « mikros » signifiant « petit » et de « finance » qui émane du vieux français « finer » signifiant « payer » ou tout simplement procurer des fonds à une entreprise. L’on distingue deux sortes de microfinance : la microfinance formelle et la microfinance informelle. La microfinance formelle est pratiquée par des institutions structurées dont les activités sont officiellement reconnues par l’État. Par contre, la microfinance informelle se pratique au sein des organisations tontinières et par des « banquiers ambulants ». Les organisations tontinières sont des groupes de personnes qui se réunissent sur la base d’une relation contractuelle et d’une adhésion individuelle et volontaire. L’écosystème de la microfinance propose aujourd’hui une gamme très variée de services diversifiés. Dans cet environnement dynamique et renfermant un potentiel de croissance et d’innovation, Inades-Formation propose un accompagnement axé sur une logique d’amélioration de la culture financière des producteurs à travers des structures de mobilisation endogène des ressources financières. Les caisses villageoises d’épargne et de crédits autogérées (CVECA) et les fonds de solidarité et de développement (FONSDEV) sont parmi les produits de la microfinance communautaire les plus répandus sur le réseau Inades-Formation. Ces dernières années, un nouveau produit dénommé Groupe d’Épargne et de Crédits (GEC) est en train d’être développé. Dans le cadre d’un projet transfrontalier entre le Cameroun et le Tchad notamment le Projet d’appui au renforcement de la résilience et la cohabitation pacifique des communautés du bassin du Lac Tchad, face aux impacts des actions de la Secte islamiste Boko-Haram, les deux équipes du projet ont fait appel au Bureau National du Togo, pour renforcer leurs capacités sur la démarche de mise en place d’accompagnement des GEC.

De cette formation nous retenons que le groupe villageois d’épargne et de crédits (GVEC) ou tout simplement groupe d’épargne et de crédits (GEC) est une organisation qui permet à ses membres de mobiliser et de gérer leurs  propres épargnes, d’offrir des crédits avec des intérêts aux membres et d’offrir une forme limitée d’assurance à travers une caisse de solidarité. Il est autogéré et indépendant. À la différence des tontines traditionnelles, les membres peuvent épargner des montants variables et emprunter quand ils ont besoin pour des périodes variables. Les GEC font les partages annuels proportionnellement aux épargnes des membres.

Les GEC se caractérisent par trois (03) produits phares :

Le premier est l’Epargne : c’est une cotisation régulière (hebdomadaire, bimensuelle et mensuelle). Elle se fait par achat de parts. L’achat peut se faire jusqu’à hauteur de 5 parts (1-5 parts). Le montant de la part est fixé par les membres. Le membre a la possibilité de retirer son épargne à tout moment.

Le deuxième est le Crédit. Le crédit tient compte d’un certain nombre de critères tels que la durée des prêts et le taux d’intérêt décidé par les membres avec une flexibilité du remboursement.

Le troisième produit est le Fonds de solidarité. Il se caractérise aussi bien par le critère d’éligibilité et de bénéfice décidés par les membres que par des bénéfices et prestations sous forme de subvention et non comme des prêts.

Nous pouvons décrire le fonctionnement des GEC comme suit :

  1. S’asseoir en cercle ouvert de telle sorte que tous les membres puissent bien observer toutes les transactions ;
  2. Toujours énoncer le solde initial avant chaque cotisation ;
  3. Énoncer le solde de clôture de chaque caisse ;
  4. Désigner deux membres pour le rappel des soldes à la prochaine rencontre ;
  5. Commencer toujours avec la caisse de solidarité ;
  6. Faire le contrôle de présence (appel) simultanément que la cotisation de la caisse de solidarité ;
  7. Ranger le sac de la caisse de solidarité avant de sortir le sac de fonds de crédit.

La formation d’un GEC comporte neuf (09) étapes clés dont deux (02) réunions et sept (07) formations. De manière chronologique, nous retiendrons :

  1. Réunion 1 : Présentation de la méthodologie GEC à la communauté ;
    1. Réunion 2 : Première réunion avec les GEC nouvellement constitués ;
    1. Groupe, leadership et élections ;
    1. Politique liée à la caisse de solidarité, épargne et crédit ;
    1. Élaboration du Règlement Intérieur ;
    1. Première réunion d’épargne (à la fin de la première semaine) ;
    1. Première réunion de crédit (quatrième semaine) ;
    1. Premier remboursement de crédit (huitième semaine) ;
    1. Partage du capital, élections et indépendance (fin du cycle).

Au final,  le GEC est une forme de tontine améliorée destinée aux personnes à faible revenu. Et son processus de mise en place est caractérisé par quatre (04) principales phases :

  • La première phase appelée phase préparatoire, au cours de laquelle deux réunions au moins sont organisées pour donner des informations générales aux membres potentiels du GEC.
  • La deuxième phase dite phase intensive s’étend sur12 semaines.  Elle débute par 4 visites au cours de la première semaine, puis elle continue par 6 visites au cours des 10 semaines suivantes.
  • La troisième phase ou phase de développement s’étend sur 12 semaines en moyenne. Au cours de cette phase, l’accompagnateur rend 3 visites essentielles pendant les réunions de prêts uniquement.
  • La quatrième phase ou phase de maturité avec une durée d’environ 12 semaines et deux (02) visites pour une supervision légère et une supplémentaire pour préparer le GEC à la répartition du capital et l’indépendance.

Les GEC présentent plusieurs avantages aux membres entre autres : le paiement les dépenses prévisibles, la facilitation de la gestion des flux financiers du ménage et la réalisation des investissements à court terme dans les AGR etc.

Toutefois, certaines limites apparaissent sur lesquelles il serait aussi important de s’interroger notamment la principale limite des GEC qui est le montant et la durée du crédit dont peuvent bénéficier les membres. Dans quel contexte géoculturel les crédits de petits montants et d’une durée relativement courte (moins de 6 mois) peuvent-ils durablement soutenir le financement de l’entrepreneuriat ? Quels seraient les pesanteurs sociales susceptibles d’influencer négativement la réussite de ce produit qu’est le GEC? Ou alors, quels seraient les leviers pouvant actionner la bonne marche des GEC? Ce sont là quelques interrogations interpellant l’attention des acteurs qui s’engageraient dans la mise en œuvre des GEC.

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