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Inades-Formation Burkina à organisé du 08 au 10 Octobre 2019, des visites-commentées de Champs Ecoles Paysans (CEP) agroécologiques dans trois localités de la région du Nord du Burkina. Ces champs écoles sont l’œuvre de paysans leaders accompagnés par Inades-Formation Burkina. Les visites-commentées ont réuni des membres d’organisations paysannes, des représentants d’Inades-Formation Burkina et de services techniques déconcentrés de l’agriculture.

Abdoulaye Bouda est agriculteur à Ninpouya, un village de la commune rurale de Tangaye dans la province du Yatenga. Il est membre de l’Union provinciale des producteurs de Niébé. Ce 08 Octobre 2019, il s’est réveillé avec à l’esprit de passer une journée assez particulière. Pour cause, ses pairs de l’Union effectueront une visite dans son Champ Ecole Paysan (CEP) agroécologique. Inades-Formation Burkina qui l’a aidé à valoriser ce champ a décidé ce jour d’y organiser une visite-commentée avec certains membres de son Organisation Paysanne. L’objectif de cette activité : favoriser l’adoption de pratiques agroécologiques par les agriculteurs de la région du Nord.  

M. Abdoulaye Bouda introduit la visite commentée dans son champ école paysan agroécolique

Pour répondre au besoin d’Inades-Formation Burkina de trouver un « paysan leader », qui mettra en œuvre l’initiative de Champ Ecole Paysan agroécologique dans la province du Yatenga, Abdoulaye Bouda a été choisi par l’Union provinciale des producteurs de Niébé de la localité. De la part de l’ONG, il a bénéficié de formations en agroécologie, de matériel et d’appui-conseil. Ce « paysan leader » a appliqué dans son champ école des techniques de production agroécologiques telles que le zaï, les demi-lunes, les cordons pierreux, l’association culturale. Il a aussi procédé à l’utilisation de fumure organique et de bio pesticide. Le Champ Ecole Paysan agroécologique d’Abdoulaye Bouda fait 250 mètres carrés. Pour permettre de mieux percevoir les résultats de son expérience, il a été amené à appliquer les techniques culturales agroécologiques sur certaines parties du champ tout en réservant d’autres parties aux pratiques classiques de production. « Au début de l’expérience, j’étais un peu septique, mais à présent je sais que les techniques de production agroécologiques sont efficaces » témoigne le producteur de Nimpouya.

A l’entame de la visite-commentée, à l’entrée de son champ expérimental entouré de grillage, Abdoulaye Bouda fait un bref explosé de son expérience à l’aide d’un croquis préalablement dessiné sur du papier kraft. Il évoque les dimensions du champ, la période des semis, la subdivision de son exploitation, les techniques culturales appliquées. A la suite de cette présentation introductive, il amène les visiteurs faire un tour du champ tout en leur expliquant les différentes opérations culturales réalisées. Au cours de la visite, notre producteur recueille les commentaires et s’efforce de répondre à toutes les questions avec parfois l’aide du représentant d’Inades-Formation Burkina.

Abdoulaye Ouédraogo, le Secrétaire Général de l’Union Provinciale des Producteurs de Niébé du Yatenga a fait partie des visiteurs du jour du champ de son homonyme. Il nous fait part de son appréciation à l’issue la visite-commentée : « Ce qui m’a été donné de voir ici constitue une belle découverte pour moi en tant qu’agriculteur.  Non seulement, je compte, l’année prochaine, mettre en application certaines techniques de ce champ école paysan dans ma propre exploitation mais aussi je vais encourager d’autres membres de notre union à se lancer dans cette dynamique ».

Les deux jours qui ont suivi la visite-commentée de Nimpouya, le même exercice a été effectué successivement à Kakpesgo dans la province du Zondoma et à Basbedo dans le Passoré. Dans la première localité cité, l’activité a concerné les membres de l’Union provinciale des producteurs de Niébé du Zondoma. Là, c’est le chef traditionnel du village de Kakpesgo qui a fait l’expérience du Champ Ecole Paysan agroécologiques. Comme à Nimpouya, son champs écoles est destiné à l’expérimentation de la production agroécologique du niébe. A Basbedo, le paysan qui y a été retenu est Laurant Kébré. Il est de l’union Provinciale des producteurs de sésame du Passoré.  A ce niveau, le champ école est orienté vers l’expérimentation la production agroécologique du sésame. Ces deux « paysans leaders » ont appliqué les mêmes techniques culturales agroécologiques que celui de du village Nimpouya.

Visite du champ du chef de Kakpesgo

L’initiative de champ Ecole Paysan agroécologique de Inades-Formation Burkina s’inscrit dans le cadre la mise en œuvre du Projet d’appui à la souveraineté alimentaire, à la gouvernance locale et à la gestion durable des ressources naturelles dans la région Nord du Burkina/Phase II, financé par l’ONG Belge Broederlijk Delen (BD).  Chacun des paysans leaders engagés dans cette initiative est convaincu que l’agroécologie est le meilleur moyen d’assurer la souveraineté alimentaire à travers une agriculture saine et durable.  Tous sont prêts à poursuivre la pratique de l’agroécologie sur des périmètres plus grands et à motiver d’autres producteurs à s’y mettre.

Patrice DA, Inades-Formation Burkina

Inades-Formation Burkina a reçu du 06 au 10 Mai 2019, le Secrétariat Général d’Inades-Formation pour  une mission d’appui à la mise en place d’un dispositif de contrôle endogène de qualité des semences paysannes au Burkina Faso. Cette mission a été conduite par Alphonse Kouamé chargé de projet Système alimentaire basé sur l’agriculture familiale. Dans l’interview qui suit, il nous fait le point de sa mission au Burkina Faso et nous éclaire sur des notions comme « Entrepreneuriat Semencier Paysan », « semences paysannes » du point de vue d’Inades-Formation Burkina.

M. Alphonse Kouamé chargé de projet Système alimentaire basé sur l’agriculture familiale au secrétariat général d’Inades-Formation

Quel était l’objectif de votre mission au Burkina Faso ?

Ma mission avait pour objectif de mettre en place avec l’équipe du bureau national Inades-Formation Burkina un dispositif opérationnel de l’Entreprenariat Semencier Paysan accompagné d’un dispositif de contrôle endogène de qualité des semences par les paysans eux-mêmes.

En quoi a consisté concrètement cette mission ?

Nous avons effectué dans un premier temps un renforcement de capacités des membres de l’équipe sur les contours de la production semencière et du contrôle semencier pour qu’ils s’approprient tous les éléments de contexte. Par la suite nous avons élaboré ensemble un plan opérationnel pour l’entreprenariat semencier paysan et le contrôle endogène de la qualité des semences. A l’issu de cela, nous sommes allés sur le terrain pour échanger avec les producteurs afin de connaitre leur compréhension sur la question et pour recueillir leur avis sur le plan opérationnel que nous avons élaboré. Après cette consultation, nous nous sommes retrouvés avec l’équipe pour finaliser le plan opérationnel.

Quel intérêt y a-t-il pour Inades-Formation Burkina de mettre en place un système endogène de contrôle de la qualité des semences ?

Inades-Formation accompagne dans le cadre de son Programme système alimentaire basé sur l’agriculture familiale les initiatives de valorisation des semences paysannes. Nous avons amené les paysans à produire leurs propres semences. Evidemment, qui parle de production de semences doit aussi parler de système de contrôle. Cela va nous permettre de garantir la qualité des semences paysannes. En accompagnant les paysans dans la production de semences, nous devons également mettre en place un dispositif de contrôle à leur niveau pour non seulement garantir la qualité de ces semences mais également assurer la reconnaissance de cette qualité par les utilisateurs qui sont les producteurs eux-mêmes.

Qu’est-ce qui vous a amené à parler d’Entreprenariat Semencier Paysan au cours de votre mission ?

Plus de 80% des semences utilisées par les petits producteurs sont des semences paysannes. Au regard de l’importance de ces semences, au niveau d’Inades-Formation, un concept est né pour les valoriser. Il s’agit de L’Entreprenariat Semencier Paysan. Nous voulons à travers ce concept, faire en sorte qu’il y ait des entreprises paysannes de production de semences pour que cette activité puisse procurer un minimum de ressource financière aux paysans. Notre accompagnement au développement de l’entreprenariat semencier paysan consiste à aider les groupes à disposer de moyens techniques pour s’organiser, produire et utiliser les semences localement pour satisfaire leur propre besoin et le besoin de leur communauté.

Qu’est-ce que les semences paysannes pour Inades-Formation ?

Selon les écoles, certaines personnes vous diront que les semences paysannes sont des semences purement traditionnelles. Mais dans le cadre de l’entreprenariat semencier paysan d’Inades-Formation, nous estimons que les semences paysannes regroupent aussi bien les semences traditionnelles que les semences améliorées dont les paysans se sont appropriés et qu’ils détiennent. Pour nous, quand on dit semences paysannes, c’est toute semence qui n’a pas fait l’objet de contrôle par le système officiel de contrôle et qui n’est pas certifiée.

Quelles sont les ambitions d’Inades-Formation dans son engagement pour le développement de l’Entreprenariat Semencier Paysan ?

Nous voulons qu’en termes d’alimentation et de revenu, il puisse y avoir de l’amélioration dans les conditions de vie des populations à la base. Pour ce faire, l’un des éléments essentiel pour la bonne production, c’est la semence. Inades-Formation Burkina travaille à ce que les paysans soient autonomes sur leurs propres semences. Nous voulons permettre aux paysans de ne pas être obligés d’utiliser les semences venant de n’importe où, des semences qui ne sont pas forcément adaptées à leurs milieux. A travers l’Entreprenariat Semencier Paysan, les paysans vont produire eux-mêmes les semences dont ils ont besoin, des semences adaptées à leurs localités et qu’ils apprécient.

Comment appréciez-vous à présent votre mission au Burkina Faso ?

Avec l’équipe du Bureau Inades-Formation Burkina, nous avons bien travaillé.  Sur la base de l’analyse du contexte nous avons pu élaborer un plan opérationnel et après l’échange avec les producteurs, je trouve qu’il y a de l’espoir pour la réalisation des idées que nous avons dégagées. Nous avons vu aussi sur le terrain des producteurs engagés, déterminés à résoudre les problèmes liés aux semences et à épouser surtout l’innovation que nous proposons. Je pense qu’au Burkina Faso nous pourrons avoir des résultats satisfaisants qui feront école. Pour tout cela, je peux dire que je repars satisfait.

Quel espoir vous nourrissez pour la suite de cet atelier ?

L’important c’est d’arriver à des résultats concrets en termes de production de semences, de réalisation de banques de semences, de disponibilité de semences pour les producteurs à la base. Je souhaite que cette planification soit effectivement mise en œuvre par Inades-Formation Burkina et que nous puissions aboutir à des résultats concrets sur le terrain. Cette expérience pourra alors profiter à d’autres groupes cibles et servir d’exemple à d’autres organisations.

Propos recueillis par Patrice Da, chargé de communication Inades-Formation Burkina

Note de présentation du projet

Inades-Formation met en œuvre un projet qui consiste à identifier dans les pays Africains, des acteurs (ONGs/associations de développement, Instituts de recherche, Organisations Faîtières, Etablissements scolaires/académique, Individus) et à capitaliser leurs expériences, dans deux domaines suivants :

  • Pratiques relatives à l’adaptation des populations rurales au changement climatique et/ou atténuation de ses effets ;
  • Initiatives de gouvernance locale inclusive1 permettant la résilience des populations face au changement climatique.

Un accent particulier sera mis sur les expériences assurant la participation des femmes rurales ou répondant aux besoins des femmes.

Le projet couvre la période 2019-2020. La zone d’intervention est étendue sur trois régions d’Afrique (Ouest, Centre et Est), avec une concentration sur les pays suivants : Burkina Faso, Benin, Togo, Côte d’Ivoire, Sénégal, Tchad, Cameroun, RD Congo, Rwanda, Ethiopie, Kenya, Burundi et Tanzanie.

Concrètement, il s’agira de procéder à l’identification des acteurs qui ont des expériences avérées dans une ou dans les deux catégories de thématiques et de les accompagner pour documenter les apprentissages partageables par rapport au travail réalisé et aux effets déclenchés au sein des commun.

Les acteurs porteurs des expériences en ces deux domaines ou un de ces domaines seront sélectionnés sur la base d’un appel à proposition. Ainsi, les meilleurs acteurs-porteurs d’expériences seront sélectionnés sur la base de leurs contenus techniques, sur leur référence professionnelle et sur leur proposition financière pour documenter une expérience.

Au moins 25 expériences dans chacune de ces domaines (au moins 50 expériences au total) seront sélectionnées. La diversité des acteurs-porteurs, des expériences et des pays seront privilégiées autant que possible.

Ainsi, les acteurs-porteurs des expériences retenues seront initiés à la méthodologie à suivre pour capitaliser leurs expériences. Ils bénéficieront d’un soutien financier pour le travail attendu par expérience retenue pour capitalisation.

Ce travail permettra la transformation de ces expériences en connaissances partageables, la valorisation des actions exemplaires, l’émulation et la mise en échelle dans les pays Africains

et ailleurs. Les produits (supports écrits et audiovisuels) seront mis à la disposition de chaque acteur et diffusés à grande échelle par différents canaux.

Un répertoire des acteurs-porteurs d’expériences sera constitué. Ensuite, une plate-forme électronique de ces acteurs-porteurs sera mise en place et animée pour continuer une dynamique d’échanges des expériences.

Pour rendre les expériences capitalisées accessibles au grand public et valoriser ainsi le travail des acteurs qui les portent, les produits de la capitalisation seront synthétisés sous forme de fiches de présentation qui seront proposées. Ensuite, il y aura une synthèse en un seul document publiable.

Ensuite, quelques expériences exemplaires seront sélectionnées pour la production de supports audio-visuels. Les vidéos montées seront par la suite compilées sur un seul support audio-visuel et mises en partage.

Les supports produits feront l’objet d’une large diffusion à travers la numérisation, mise en ligne, différents canaux – l’organisation d’une conférence publique, la participation à des évènements grands publics pour exposition-distribution, l’exploitation des réseaux dans lesquels Inades-Formation et les acteurs du projet militent, la mise à contribution de leurs partenaires. Il est également envisagé des émissions radiophoniques et télévisées.