RWANDA – Des serres pour nourrir la population et autonomiser les femmes : le modèle coopératif Terimbere Muhinzi

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Partout au Rwanda, les agricultrices rurales redéfinissent l’agriculture grâce à l’innovation et au leadership. Dans le cadre du Programme conjoint pour l’autonomisation économique des femmes rurales (JP RWEE), des coopératives dirigées par des femmes adoptent l’agriculture en serre intelligente face au climat afin d’accroître la productivité, de renforcer la résilience et de garantir l’approvisionnement alimentaire tout au long de l’année. Ce programme mis en œuvre par INADES-Formation Rwanda en étroite collaboration avec le gouvernement rwandais, est le fruit d’un partenariat avec ONU Femmes, la FAO, le FIDA et le PAM

Opérant dans les districts de Gisagara, Nyaruguru, Nyamasheke, Kirehe et Ngoma, le JP RWEE dote les agricultrices de technologies agricoles modernes, d’un renforcement intensif des capacités et d’intrants catalytiques qui améliorent à la fois leurs moyens de subsistance et leur adaptation au climat. Parmi ces interventions, l’agriculture sous serre s’est imposée comme l’une des plus transformatrices.

 

Une solution intelligente face aux aléas climatiques

Pendant des décennies, les femmes rurales dépendaient largement de l’agriculture en plein champ, très vulnérable aux précipitations irrégulières, aux sécheresses prolongées, à la dégradation des sols et aux infestations de ravageurs, tous ces phénomènes étant intensifiés par le changement climatique. À mesure que les chocs climatiques se multipliaient, les mauvaises récoltes saisonnières et les fluctuations de revenus sont devenues monnaie courante.

L’agriculture sous serre est en train de changer cette réalité. Avant d’adopter cette technologie, les femmes de certaines coopératives gagnaient très peu grâce à la culture en plein champ.

« Au début, nous cultivions des tomates en plein champ et ne gagnions qu’environ 20 000 RWF sur six acres », se souvient Josiane Uwimana, membre d’une coopérative. « Mais avec notre première récolte en serre, nous avons gagné 500 000 RWF sur une surface beaucoup plus petite. » Cette augmentation spectaculaire des revenus illustre le potentiel de l’agriculture sous serre pour transformer la trajectoire économique des femmes rurales.

Grâce à un environnement protégé, à une irrigation contrôlée et à une pression réduite des parasites, les serres permettent de produire des cultures à forte valeur ajoutée telles que des tomates, des poivrons, des concombres et des légumes-feuilles tout au long de l’année, quelles que soient les conditions climatiques extérieures.

Les femmes rêvent désormais d’étendre ce modèle : « Si nous pouvions avoir plus de serres, nous n’aurions pas à attendre toute une saison. Nous récolterions dans l’une et commencerions immédiatement dans la suivante », explique Josiane Uwimana.

 

Autonomiser les femmes grâce aux compétences, au leadership et à l’innovation

JP RWEE va au-delà de la simple fourniture de technologie, il renforce l’autonomie, le leadership et la maîtrise technique des femmes. Grâce à INADES-Formation Rwanda, les coopératives reçoivent une formation pratique sur l’installation, l’entretien et le contrôle environnemental des serres, l’irrigation et l’utilisation efficace de l’eau (essentiel dans les régions sujettes à la sécheresse), la lutte intégrée contre les parasites, la surveillance de la fertilité des sols et la rotation des cultures, ainsi que la planification commerciale et la commercialisation collective.

Ces formations sont stratégiquement conçues pour renforcer la confiance des femmes dans la gestion des technologies de pointe, la négociation des prix du marché et la prise de décisions en matière de production, traditionnellement dominées par les hommes.

Certaines coopératives pratiquent désormais la rotation des cultures dans les serres, passant des tomates et des poivrons verts aux concombres au cours des saisons suivantes. Cette innovation préserve la santé des sols, réduit les ravageurs et garantit une production continue.

Un technicien de terrain explique : « Nous formons les femmes à comprendre chaque étape, de la préparation du sol à l’accès au marché. Cela renforce leur leadership dans l’agroalimentaire et les aide à prendre des décisions éclairées », explique Jean Marie Vianney DUSENGIMANA Ndabashimiye, responsable de terrain de l’INADES-Formation Rwanda basé dans le district de Kirehe.

La dynamique entre les sexes évolue visiblement, les femmes assumant de plus en plus souvent des rôles de chefs d’exploitation, de formatrices, de gestionnaires de revenus et de championnes de la technologie dans leurs communautés.

Une vue extérieure de la serre

Amélioration de la nutrition et de la résilience des ménages

Les avantages de l’agriculture sous serre vont bien au-delà de l’augmentation des revenus, car ils apportent des améliorations significatives au bien-être des ménages et à la résilience des communautés. De nombreuses familles font état d’une plus grande diversité alimentaire, rendue possible par la disponibilité constante de légumes frais tout au long de l’année. Les femmes soulignent également que cet approvisionnement régulier a contribué à améliorer la nutrition des enfants, car elles peuvent donner la priorité à la consommation des ménages avant de vendre les excédents de production. Le passage à l’agriculture sous serre a permis d’obtenir des revenus plus réguliers, aidant les coopératives à constituer des économies et réduisant la vulnérabilité des ménages aux chocs financiers. En éliminant la dépendance à l’égard des précipitations imprévisibles, les serres ont permis aux agriculteurs de planifier leurs activités agricoles avec plus de confiance, créant ainsi des calendriers agricoles plus prévisibles et plus efficaces. Les agricultrices soulignent régulièrement que cette technologie les a « libérées de l’incertitude climatique », a amélioré le bien-être de leur famille et a renforcé leur rôle dans la prise de décision, tant au sein de leur foyer que dans les structures de direction des coopératives.

 

Amplifier l’impact : opportunités et défis en matière de durabilité

Les bénéficiaires du projet JP RWEE dans le district de Kirehe célèbrent une récolte de tomates réussie sous une serre

Si l’agriculture sous serre a démontré un fort potentiel pour transformer les moyens de subsistance des femmes rurales dans le cadre du projet JP RWEE, la mise à l’échelle durable de ce modèle nécessite de relever plusieurs défis émergents. L’un des obstacles les plus importants reste le coût initial élevé de l’investissement, une serre standard coûtant entre 1,5 et 2,5 millions de francs rwandais, ce qui dépasse largement les capacités financières de la plupart des coopératives de femmes sans subventions externes ou mécanismes de partage des coûts. Même après l’installation, l’accès à des sources d’eau fiables pose des difficultés dans certains districts. Bien que les serres utilisent 40 à 60 % moins d’eau que l’agriculture en plein champ, elles nécessitent tout de même une irrigation régulière pour maintenir leur productivité.

Au-delà des contraintes financières et environnementales, les compétences techniques en matière d’entretien constituent un autre domaine critique. Les systèmes de serres nécessitent un entretien régulier, la surveillance des lignes d’irrigation goutte à goutte, la garantie d’une ventilation adéquate, la gestion de la fertilité des sols et l’identification des premiers signes d’infestation par des parasites. Ces tâches exigent des connaissances spécialisées qui doivent être continuellement renforcées par un accompagnement et un soutien à la vulgarisation. Du côté du marché, les productrices sont souvent confrontées à la volatilité des prix et à un accès limité au marché, en particulier pour les cultures à forte valeur ajoutée comme les tomates, qui inondent le marché pendant les saisons de pointe. Des stratégies de commercialisation collective plus solides, des systèmes d’information sur les marchés et des opportunités de valeur ajoutée sont nécessaires pour stabiliser les revenus.

Au niveau social, les normes de genre continuent d’influencer la capacité des femmes à tirer pleinement parti du modèle de serre. Malgré des progrès notables, certaines femmes continuent de se heurter à des obstacles pour accéder à la terre, au financement, aux postes décisionnels ou au contrôle des revenus générés par la production en serre. Des approches durables visant à transformer les relations entre les sexes, à impliquer les hommes, à promouvoir la prise de décision partagée au sein des ménages et à renforcer le leadership des femmes restent essentielles pour garantir que les femmes conservent le contrôle des ressources productives et réalisent tout le potentiel d’autonomisation de l’intervention.

 

Une voie vers un avenir sûr sur le plan alimentaire et résilient au changement climatique, mené par les femmes

Les données du projet JP RWEE démontrent que lorsque les femmes ont accès à des technologies intelligentes face au climat, à des formations et à un soutien organisationnel, la productivité agricole et la résilience au changement climatique augmentent considérablement et les communautés prospèrent.

L’agriculture sous serre est plus qu’une méthode de production : c’est une stratégie d’adaptation au climat qui tient compte des questions de genre et qui donne aux femmes les moyens d’être des leaders dans la transition vers une agriculture durable et résiliente.

Grâce à des investissements continus, à un soutien technique et à une expansion stratégique, les agricultrices du Rwanda peuvent offrir à leurs familles et à leurs communautés un avenir plus sûr sur le plan alimentaire, plus résilient au changement climatique et plus équitable.

Elissa CYUZUZO  – Communication INADES-Formation Rwanda

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Projet ABCD2

Projet ABCD-Un élève un arbre COP28

1. Titre du projet

Accompagnement de la mise à l’échelle des expériences développées par les communautés et des dynamiques de suivi citoyen des politiques publiques en réponse au problème du changement climatique en Afrique subsaharienne (dit projet ABCD 2)

2. Resumé

Le projet de mise à l’échelle des expériences communautaires et dynamiques de suivi citoyen des politiques publiques face au changement climatique en Afrique subsaharienne est la continuation d’un premier projet de capitalisation desdites expériences.

En effet, en 2022, sur financement de l’Agence Basque de Coopération au Développement (ABCD), Inades-Formation a mené le projet « Etude-capitalisation des bonnes pratiques face aux défis du changement climatique et gouvernance locale en Afrique subsaharienne », qui a permis de capitaliser 50 expériences dont 31 expériences d’adaptation au changement climatique et 19 expériences de gouvernance dans 11 pays en Afrique sub-saharienne.

Sur la base des acquis de ce projet pilote, quelques réalités vivantes sur les efforts des communautés en matière de lutte contre les problèmes posés par le changement climatique en Afrique ont pu être décelées et capitalisées. Elles ont été développées par une diversité d’acteurs dont des services publics spécialisés sur la gestion de l’environnement et du changement climatique, les organisations de la société civile et les organisations paysannes.

Dans le cadre de cette deuxième phase du projet dont la durée est de 30 mois (2022-2024), l’idée est de (i) mettre à l’échelle ces bonnes expériences développées par les communautés dans les pays Africains, en matière d’adaptation, atténuation et résilience face au changement climatique et de (ii) soutenir les dynamiques de suivi citoyen des cadres politiques et réglementaires associés.

Projet ACF-AO

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1. Titre du projet

Projet action climatique féministe – Afrique de l’ouest ACF-AO

2. Resumé

Le Projet « Action climatique féministe en Afrique de l’Ouest » est mis en œuvre en Côte d’Ivoire pour contribuer efficacement à la résilience et à lutte contre les effets du changement climatique par les communautés côtières et insulaires écologiquement sensibles avec un accent particulier sur les femmes rurales et le jeunes. 

Il renforcera les capacités des communautés, des femmes et des jeunes en particulier, pour la mise en œuvre de stratégies de protection de la biodiversité et d’écosystèmes notamment par l’adoption de pratiques agroécologiques, la diversification énergétique et des plaidoyers. Il permettra de renforcer la participation des femmes rurales et des jeunes à la gouvernance locale de la biodiversité et l’action climatique.

Financé par Affaires mondiales Canada | Global Affairs Canada, le projet ACF AO se déroule en Côte d’Ivoire, en Guinée-Bissau, au Sénégal et au Togo.

Il est piloté en Côte d’Ivoire par SUCO et Inades-Formation – Secrétariat Général.

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