Le 29 janvier 2026 restera une date marquante pour les populations de Leboudi, localité située dans la région du Centre au Cameroun. Dans cette localité, agriculteurs, jeunes et femmes ont expérimenté une méthode agricole innovante : la culture biologique du poivron en permaculture.
Installés sous un espace aménagé pour la formation, les participants ont découvert comment transformer de simples bouteilles et sachets plastiques en contenants agricoles capables d’accueillir des plants de poivron. Une approche accessible, économique et adaptée aux réalités des zones où les terres cultivables se raréfient.
Cette initiative à la croisée des enjeux environnementaux et alimentaires est portée par ESSOME Pierre Canis, porteur de micro-intervention encadré par INADES-Formation Cameroun, dans le cadre du projet Pôle de connaissances pour l’Agriculture Biologique et l’Agroécologie en Afrique (PCAC).
À Leboudi, la question des déchets plastiques est devenue préoccupante. Parallèlement, de nombreux ménages disposent de peu d’espace pour pratiquer l’agriculture. La permaculture appliquée aux contenants recyclés apparaît ainsi comme une réponse concrète à ces défis.
Pour le formateur, l’objectif dépasse la simple technique agricole : « Nous voulons montrer qu’il est possible de produire sainement tout en protégeant notre environnement. Les déchets plastiques ne doivent plus être vus uniquement comme un problème, mais aussi comme une ressource », explique ESSOME Pierre Canis.
La méthode consiste à remplir les contenants d’un substrat organique enrichi en compost, favorisant une croissance optimale des plants sans recours aux engrais chimiques. Cette pratique s’inscrit pleinement dans les principes de l’agroécologie, qui prônent des systèmes de production durables et respectueux des écosystèmes.
Apprendre pour produire autrement

Tout au long de la session, les participants ont alterné théorie et pratique : préparation du sol organique, repiquage des plants, gestion de l’arrosage et techniques naturelles de lutte contre les ravageurs. L’approche participative a permis à chacun de manipuler le terreau et de se projeter dans la reproduction de la technique à domicile.
« Ce que nous transmettons aujourd’hui, ce sont des solutions simples que les communautés peuvent s’approprier rapidement. Même avec un petit espace derrière la maison, on peut produire des légumes de qualité », souligne le formateur.
Pour plusieurs habitants, cette formation représente une opportunité pour renforcer leur autonomie alimentaire tout en générant de potentiels revenus.
Des participants convaincus par l’innovation
Visiblement enthousiaste, OWONA Juliette, participante, se réjouit de cette découverte : « Je ne pensais pas qu’on pouvait cultiver du poivron dans des bouteilles en plastique. C’est une solution idéale pour nous qui n’avons pas de grands terrains. Je vais commencer chez moi dès cette semaine. »
Même motivation chez Armand BELIBI, jeune agriculteur :« Cette technique change notre manière de voir les déchets. Au lieu de les brûler ou de les jeter, nous pouvons les utiliser pour produire de la nourriture. C’est bon pour la santé et pour l’environnement. »
Au-delà de l’aspect écologique, certains participants y voient une réponse à la hausse du coût des intrants agricoles.
« Avec la permaculture, nous réduisons les dépenses en engrais chimiques. Cela rend l’agriculture plus accessible, surtout pour les jeunes qui veulent se lancer », estime Claudine OWONO, mère de famille.
L’initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de promotion de l’agriculture biologique au Cameroun. En misant sur des techniques résilientes et peu coûteuses, INADES-Formation Cameroun entend accompagner les communautés vers des systèmes alimentaires plus durables.
Selon le formateur ESSOME Pierre Canis, l’impact potentiel est considérable : « Si chaque ménage adopte ne serait-ce que quelques contenants, cela peut améliorer la sécurité alimentaire tout en réduisant la pollution plastique. C’est une démarche gagnant-gagnant. »
La culture du poivron n’a pas été choisie au hasard. Légume très consommé et à forte valeur marchande, il offre des perspectives économiques intéressantes pour les producteurs locaux.
Vers un changement des pratiques agricoles
Au terme de la formation, une conviction semblait partagée : l’agriculture de demain devra être à la fois productive, écologique et adaptable aux contraintes urbaines et rurales.
Pour Prospère AYINDA, notable de la localité, « Ce type d’initiative montre que l’innovation n’est pas réservée aux grandes villes. Nos villages peuvent aussi être des espaces d’expérimentation pour une agriculture moderne et responsable. »
En encourageant la réutilisation des déchets et la production biologique, cette micro-intervention contribue également à sensibiliser les populations à l’importance de préserver leur cadre de vie.
Une graine d’espoir pour l’agroécologie
L’expérience de Leboudi illustre le rôle clé des formations de proximité dans la transition agroécologique. En rapprochant les connaissances des réalités du terrain, elles favorisent l’émergence de solutions concrètes face aux défis alimentaires et environnementaux. A la fin de la séance, plusieurs participants repartent avec leurs premiers plants, symbole d’un engagement naissant. « Nous ne voulons plus seulement consommer, nous voulons produire sainement », résume une participante.
À Leboudi, la culture biologique du poivron en permaculture, nichée dans des contenants autrefois destinés à l’abandon, incarne ainsi bien plus qu’une technique agricole ; elle représente une nouvelle manière de penser la production, où chaque déchet peut devenir une ressource et chaque espace, même réduit, un lieu de vie nourricier.
MARGUERITE MOMHA, chargée Communication INADES-Formation Cameroun


